Tous les experts s’accordent à dire que la politique de l’enfouissement des déchets solides a des limites. Avec l’explosion démographique conjuguée à la société de consommation, les décharges vont déborder.logo le matin

D’où l’intérêt à opter pour l’institutionnalisation de la gestion intégrée des déchets. Cette dernière est basée sur quatre axes : prévention (réduction des déchets), valorisation, recyclage et enfin enfouissement des matières qui ne peuvent être valorisées. Sur ce registre, une expérience pilote va être réalisée dans la région de Fès-Boulmane dans le cadre d’un projet intercommunal de gestion intégrée des déchets solides entre deux communes distantes de 40 km. Il s’agit de Missour et Outat El Haj. Financée par une institution émiratie, cette initiative sera inaugurée prochainement. La mise en œuvre du projet a nécessité trois conditions : l’organisation de l’acheminement des déchets d’Outat El Haj jusqu’au Centre de co-traitement (CCT) de Missour, la réorganisation des moyens et du renforcement des capacités du centre et celles des deux communes. « Après avoir collecté les déchets, les camions arrivent dans le CCT et déversent leurs déchets sur une table de tri. Des ouvriers formés se chargent de séparer ces matières en fonction de leur nature. Cette opération permet d’isoler un premier lot composé de la matière organique pour être transformée en compost », souligne Hamid Chrifi, coordonnateur de l’ONG international Enda Maghreb à Rabat. Le processus de production du compost dure six mois. Ces matières organiques sont soumises à des analyses parce qu’elles sont destinées à des fins agricoles. « Nous prenons des échantillons de compost pour les analyser dans des laboratoires et vérifier s’ils ne contiennent pas des métaux lourds qui risquent d’affecter les sols », a ajouté Chrifi.

Pour convaincre les agriculteurs à utiliser le compost, des campagnes de démonstration agronomiques ont été initiées. La deuxième étape vise les autres déchets (carton, plastique, verre, etc.) qu’il faut rassembler selon leur type pour les intégrer dans un processus de recyclage. Le centre est doté aussi de matériel de conditionnement des déchets destinés aux sociétés de recyclage.

PoubellePour le coordonnateur d’Enda, le CCT va mettre aussi fin à une injustice sociale. Il faut savoir que dans le schéma ancien de la collecte des déchets, les récupérateurs informels arrivent en premier lieu. Ces derniers font la collecte et le tri des déchets sur place, qu’ils revendent aux intermédiaires. Ceux-ci les revendent à leur tour à des grossistes, qui les écoulent aux sociétés de recyclage. Entre les récupérateurs et les sociétés de recyclage, le prix peut se multiplier par 200. Selon le responsable du projet, « plus on monte dans la pyramide, plus les gains sont importants et plus on descend, plus les conditions de travail sont dures et médiocrement rémunérées.

Le centre va court-circuiter tous ces intermédiaires. Il s’adressera directement aux sociétés de recyclage ». Au-delà de la gestion des déchets, le centre de co-traitement de Missour vise le renforcement des capacités pour la gestion administrative du centre, la formation des élus, des associations locales et des établissements scolaires. « Nous voulons faire de ce centre un lieu vivant intégré dans la vie des deux communes », a conclu Chrifi.

Objectifs Elaboré en partenariat entre le Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau et de l’Environnement et le ministère de l’Intérieur, le programme national des déchets ménagers et assimilés (PNDM) vise essentiellement à assurer la collecte et le nettoiement des déchets ménagers pour atteindre un taux de collecte de 90% en 2015 et 100% en 2020. Le PNDM vise également à réaliser des décharges contrôlées au profit de tous les centres urbains en 2015 et réhabiliter ou fermer toutes les décharges sauvages. Ce programme a également pour objectif de moderniser le secteur des déchets par la professionnalisation du secteur. Le PNDM se fixe comme objectif de développer la filière « tri-recyclage-valorisation », avec des actions pilotes de tri, pour atteindre un taux de 20% du recyclage en 2015. Le coût du PNDM est estimé à 40 milliards DH.

Intégrité environnementale Enda est une organisation non gouvernementale qui place au cœur de sa démarche l’objectif de préservation de l’intégrité environnementale.

Enjeux L’acronyme Enda renvoie au triptyque « Environnement, développement, action ». Cette organisation considère la question environnementale comme structurellement liée aux enjeux du développement économique et social des populations du Sud. Matières Les déchets marocains contiennent 70% de matières organiques dont 20 % sont recyclables et 10 % sont composés par le « refus » (déchets qui ne peuvent être recyclés et qui doivent être enterrés).

Par Rachid Tarik | LE MATIN

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